Travailler dans l’incertitude (2)

Dans mon précédent article, je vous ai invité à lire ici l’article d’Alain Duluc : « 13 attitudes à adopter au travail dans une période d’incertitude ». Aujourd’hui, je vous propose de réfléchir à la deuxième attitude qu’il propose : relativisez, concentrez-vous sur l’essentiel.

Je vous entends déjà : « Facile à dire !  » Voici deux pistes de réflexion très concrètes qui pourront vous aider.

Tout d’abord, je vous propose de faire un tri rapide entre ce sur quoi vous avez de l’influence, ce qui est à votre main, sous votre contrôle, et ce sur quoi vous n’avez pas d’influence. Et je vous invite à vous concentrez sur ce que VOUS pouvez faire. Par exemple : je n’ai pas d’influence sur la décision du Préfet de fermer les bars, en cette période de Covid; en revanche j’ai de l’influence sur la façon dont je respecte les gestes barrière. Je n’ai pas d’influence sur ce que ressentent les gens, car leurs émotions leur appartiennent ; en revanche, j’ai de l’influence sur mon choix de faire du sport ou de ne pas en faire, sur la façon dont je parle aux gens et dont j’exprime mes propres émotions, etc. Prenez quelques minutes, au calme, pour faire le tri : qu’est-ce qui est sous votre influence, et qu’est-ce qui n’y est pas ? et décidez de ne pas vous tracasser avec les choses auxquelles vous ne pouvez rien ! votre niveau de stress en sera fortement diminué.

Pour aller plus loin, je vous invite à réfléchir à ce qui est essentiel pour vous, en d’autres mots : quelles sont vos valeurs ? Pour cela, choisissez trois ou quatre moments récents de votre vie, dans des contextes différents, des moments dans lesquels vous avez éprouvé une émotion assez forte : joie, colère, tristesse, angoisse, peur… Prenez le temps de repenser à chacun de ces moments, et pour chacun, posez-vous la question : dans ce moment-là, quand j’éprouvais cette émotion, qu’est-ce qui était important pour moi ? Petit à petit, vous allez mettre des mots sur cers choses importantes, qui peuvent être très diverses. Par exemple, si vous vous êtes mis en colère au bureau parce que votre patron était très en retard, vous découvrirez peut-être que la valeur qui est en jeu dans cette situation pour vous est le respect, ou la ponctualité, ou l’honnêteté, ou la bienveillance, ou encore autre chose…
Notez les mots qui vous viendront à l’esprit pour chaque moment auquel vous aurez repensé. Ce sont des valeurs auxquelles vous êtes attaché, et vous pouvez décider de vivre plus en accord avec ces valeurs, de refuser les situations qui ne respectent pas ces valeurs. Et là encore, votre niveau de stress en sera grandement diminué.

Et si l’exercice vous semble difficile, faites-vous aider, par exemple par un coach !

Dans un prochain article, nous réfléchirons à tout ce qui est lié à la gestion du temps.

La critique est facile…

J’en frissonne encore, 18 ans après… Alors que j’étais dans le bureau d’un notaire pour signer l’achat d’une maison, celui-ci a interpellé violemment sa clerc qui avait fait une erreur mineure : « de toute façon, vous êtes con ! »

 La vie en commun n’est jamais simple, et dans l’entreprise, les caractères des personnes, les objectifs différents, les injonctions managériales et les différences d’éducation ne contribuent pas à faciliter la communication. De ce fait, la critique est un exercice très pratiqué en entreprise, sous des formes très diverses, et qui peut produire des dommages très graves.
Est-ce à dire que toute critique est à bannir ? La critique peut-elle avoir des effets positifs ? Et si oui, y a-t-il de bonnes façons de la pratiquer ? De très nombreux experts en communication se sont penchés sur ces questions : chez les anciens, nous citerons Socrate et les rédacteurs de la Bible. Chez les modernes, citons Porter, mais on pourrait multiplier à l’infini les références. Regardons de plus près…

La critique est-elle à bannir ?

Tous les experts en communication s’accordent sur un point : il faut discerner. Et ces mêmes experts proposent souvent plusieurs types de critères :

La critique est-elle fondée ?
La critique est-elle adressé directement à la personne concernée ?
Et j’y ajouterai, en référence à l’anecdote du début : critique, ou jugement ?

Critique ou jugement ? C’est l’américain Porter qui parle d’une attitude de jugement. Dans le langage de l’analyse transactionnelle (une approche très utilisée dans la communication en entreprise), on parle des signes de reconnaissance. Dire à quelqu’un « tu es con » est un signe de reconnaissance inconditionnel négatif, car on ne parle pas d’une action, mais de la personne toute entière. C’est un jugement. Au contraire, dire à quelqu’un « tu as mal fait ce travail » est un signe de reconnaissance conditionnel négatif, car on parle d’une action, et non de l’intégralité de la personne. C’est une critique. (A noter, il existe aussi des signes de reconnaissance positifs, qu’ils soient ou non conditionnels).

A qui s’adresse-t-on ? Un des sports les plus pratiqués en entreprise est de dénigrer les collègues, les chefs, ou les personnes du service voisin. Mais il est plus rare qu’une critique soit adressée directement à la personne concernée. C’est qu’en effet il faut pour cela un peu de courage ! Et pourtant, c’est bien la première condition d’efficacité d’une critique : la personne concernée doit l’entendre directement.

La critique est-elle fondée ? c’est le dernier critère de discernement, mais il est essentiel. Est-ce que je suis sûr des faits que je vais reprocher à la personne ? Bien sûr, dans certains cas, ils sont incontestables, mais qu’en est-il si je m’appuie sur des faits que l’on m’a rapporté, ou sur des on-dit ? Bien sûr, dans le management, il est difficile d’être présent chaque fois qu’il y a un problème ou qu’une erreur est commise; mais il est toujours utile de rechercher des informations aussi factuelles que possible, ou, comme nous le verrons, de discuter d’abord avec la personne avant d’émettre une critique.

Alors la critique est-elle à bannir ? Certainement pas, car elle peut être utile sous certaines conditions. Comme le dit la Bible : « Anneau d’or, collier d’or pur est la critique du sage pour l’oreille attentive ».

La critique peut-elle vraiment avoir des effets positifs ?

Nous connaissons tous des personnes qui, lorsqu’ils prennent la parole, ont un tic de langage, et qui tous les trois mots répètent : « euh ! » ou bien « et caetera » ou encore « voilà ». Et nous savons tous combien cela nous énerve ! Mais savez-vous que la plupart de ces personnes ne sont tout simplement pas conscients de ce tic ?  Et que bien souvent, le simple fait de leur en faire prendre conscience suffit à le faire disparaître ?
Voilà un premier effet positif d’une critique bien faite : lever des méconnaissances. Ces méconnaissances peuvent me concerner (je ne sais pas que je fais mal) ou concerner les autres (je ne suis pas conscient des conséquences de mon comportement sur les autres), et le fait d’en prendre conscience, par l’intermédiaire d’une critique, peut m’aider à améliorer la situation.

Un autre effet positif de la critique concerne l’apprentissage. Ce qui nous fait apprendre, ce sont nos erreurs, à la condition que nous nous rendions compte qu’il s’agit d’erreurs. La critique est donc une condition nécessaire de tout apprentissage.

Notons enfin un troisième effet positif de la critique, pour celui qui la dit : il est très utile pour chacun d’entre nous d’exprimer nos sentiments, nos émotions, et si quelque chose nous déplaît, nous met mal à l’aise, le fait de le dire va nous faire du bien. C’est donc une attitude saine envers nous-même que d’oser dire à quelqu’un ce qui ne va pas et les conséquences que cela a pour nous.

Critiquer c’est OK, nous venons de le voir. Mais comment s’y prendre ? Je vous propose d’y réfléchir dans la deuxième partie de cet article.