Aujourd’hui, je n’ai pas envie de vous parler du monde d’après, mais plutôt du monde de maintenant.

Lisant une récente chronique de Marion Muller-Collard dans la Croix, je me suis senti remué très profondément par son invitation : « Dans ce monde où la répétition inlassable des erreurs se déguise en changement dans un tourbillon si rapide qu’elle parvient presque à nous leurrer, permettez-moi de ne pas parler de ce qui change, ni de ce qui se répète, mais de ce qui dure. » Cette idée m’habite depuis plus d’une semaine, et permettez-moi de vous partager quelques réflexions qu’elle m’a inspirées.

Cette « répétition inlassable des erreurs (qui) se déguise en changement » m’a fait penser à tous les conseils en management que j’ai reçus, appliqués, pratiqués puis prodigués et théorisés depuis le début de ma vie professionnelle. Je me souviens, jeune consultant en management, d’avoir été choqué par un collègue très réputé qui m’avait dit en substance qu’il n’y a pas de meilleur système de management, et qu’une entreprise peut obtenir des succès en ayant des managers irrespectueux, tyranniques ou méchants. Avec le recul, je mesure combien il avait raison, et combien les organisations ont mis en place des systèmes de contrainte, auxquels la plupart d’entre nous consentons la plupart du temps, et que les managers se contentent de faire fonctionner avec plus ou moins d’humanité. Mais finalement, quand je me remémore mes différentes expériences professionnelles, c’est bien à ces managers humains que je pense, bien plus qu’aux affaires que j’ai gagnées. Je pense à leur écoute, à l’accompagnement qu’ils m’ont prodigué, aux conseils et aux critiques qu’ils m’ont donnés et qui m’ont fait grandir.

J’ai pris de plein fouet le « maintenant » dont parle la chroniqueuse, quand ma belle-mère est décédée, jeudi dernier. Une dame très âgée qui s’éteint paisiblement après une vie bien remplie, c’est dans l’ordre de choses. Mais je n’ai pas pu m’empêcher de penser à la mort, et d’abord à la mienne, et de m’interroger : que reste-t-il de nous quand nous mourons ? Que restera-t-il de moi quand je mourrai ? Et en regardant la vie de cette dame, je prends conscience, peu à peu, que ce qui reste ce sont les rencontres, les actes de bonté envers les autres, les attentions offertes, les sourires partagés, l’écoute attentive, l’hospitalité toujours offerte lors de mes déplacements à Paris (même les deux fois où j’ai débarqué fort tard sans prévenir, ayant été bloqué par la neige). Alors que je me remémore toutes ces petites choses, je me rends compte que je ne les ai pas savourées suffisamment quand elle m’ont été offertes; et je m’interroge sur toutes les occasions où j’ai préféré les grandes idées aux petits actes, la conduite du changement à l’écoute de ceux qui sont obligés de changer, le pilotage d’un système de management à l’attention du quotidien, le traitement de mes mails « urgents » à un café partagé…

Cette chronique, qui oppose également les points de suture aux points de rupture m’a fait prendre conscience de l’importance de nos imperfections. Tout à l’heure encore, j’ai dû batailler ferme avec moi-même pour calmer mon moi idéal qui me faisait ressasser un prétendu échec ! Mais les cicatrices de nos blessures, les traces de nos échecs, le renoncement à notre moi idéal fantasmé, l’acceptation de qui nous sommes, tous ces points de suture sont la base de ce qui nous rend humains. Que le monde serait ennuyeux, si nous étions parfaits !

Ces réflexions vous paraissent peut-être désabusées, mais elles ne le sont pas. Finalement, ce à quoi ma réflexion a abouti, c’est que j’apprécie encore plus le métier de coach que j’ai choisi. Car même si je sais analyser des systèmes de management et faire des propositions pertinentes pour l’améliorer, même si je sais résoudre des questions complexes de ressources humaines, même si je sais encadrer une équipe et expliquer à d’autres comment s’y prendre, l’important est ailleurs. Il est dans le respect, l’écoute l’attention. C’est ce que certains appellent « charité » ou « amour ». Beaucoup de mes missions de coach conduisent à cela : aider quelqu’un à mieux s’aimer, aider quelqu’un à mieux aimer les autres. Je ne pouvais rêver d’une plus noble mission, et c’est un défi que je suis fier de relever.

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